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Ce que nous apprend un professeur de l'INSEAD spécialisé dans l'investissement à impact : Les régulateurs et les entreprises peuvent-ils coopérer pour sauver la planète ?

Ce que nous apprend un professeur de l'INSEAD spécialisé dans l'investissement à impact : Les régulateurs et les entreprises peuvent-ils coopérer pour sauver la planète ?

Un professeur de l'INSEAD souligne l'importance de combiner cadres réglementaires et investissements des entreprises pour intégrer l'ESG et l'impact climatique dans les décisions financières. L'investissement ESG doit être normalisé et encadré par des réglementations strictes pour éviter le greenwashing. Les marchés du carbone, avec des normes rigoureuses, sont essentiels pour inciter les industriels à réduire leurs émissions.

Ce que nous apprend un professeur de l'INSEAD spécialisé dans l'investissement à impact : Les régulateurs et les entreprises peuvent-ils coopérer pour sauver la planète ?

Actuellement professeur de stratégie de finance durable et titulaire de la chaire Paul Dubrule de développement durable à l'INSEAD, l'expertise du professeur Singh s'étend à des domaines tels que la finance environnementale, le commerce vert, l'innovation, l'entrepreneuriat à impact, l'évaluation de l'impact financier.

Titulaire d'un doctorat en économie d'entreprise (stratégie) de la Harvard Business School et d'un master en économie de Harvard, il est également titulaire d'un BTech de l'IIT Delhi et d'un double Master de Georgia Tech.

Dans son article intitulé “ESG is not impact", le professeur Jasjit Singh souligne l'importance de combiner les cadres réglementaires et les investissements des entreprises. Selon lui, nous devons systématiquement intégrer les considérations ESG et l'impact sur le climat dans les décisions financières afin de rechercher le progrès sociétal. Nous sommes très reconnaissants au professeur Singh pour le temps qu'il a consacré à répondre aux questions d'Homaio.

Homaio : L'ESG et l'investissement à impact sont au cœur de votre carrière universitaire. Pourquoi ?

Prof. Singh : À l'INSEAD, je me concentre entièrement sur l'étude et l'enseignement des questions à l'intersection de la finance et le climat - l'investissement ESG/impact est au coeur de nombreux débats académiques et médiatiques aujourd'hui. Il est donc naturel pour moi de m'impliquer dans ce domaine. La bonne nouvelle, c'est que les étudiants et les investisseurs s'y intéressent également de plus en plus.

H : Pourquoi parle-t-on autant "investissements ESG" de nos jours? S'agit-il simplement d'une tendance ? Est-ce plutôt une obligation ?

JS : La plupart des investissements ESG sont motivés par l'idée que, même pour obtenir de solides rendements financiers ajustés au risque, la prise en compte des facteurs ESG devient de plus en plus importante (d’un point de vue financier comme réglementaire). Cependant, nous devons être réalistes quant à ce que l'ESG peut accomplir s'il n'est pas normalisé. Il existe un risque si cela demeure dans le domaine du volontaire. Une grande partie des investisseurs traditionnels ne se soucieront pas de l'impact sociétal au-delà du moment où tout se passe bien avec leurs rendements financiers.

H : Que faut-il faire pour que davantage d'entreprises et d'investisseurs s'intéressent à l'impact environnemental et social positif?

JS : L'espoir est qu'avec une pressions croissante de diverses parties prenantes - telles que les régulateurs, les clients, les employés et les municipalités - même les entreprises et les institutions financières qui ne se préoccupaient que de l’aspect financier jusqu’à présent seront face à l’obligation de s’adapter aux enjeux environnementaux.

H : Quels sont les plus grands risques en matière d'investissement ESG ?

JS : La chose à laquelle nous devons faire attention est que, dans la mesure où l'investissement ESG reste volontaire, il y aura toujours des risques de “greenwashing” et de postulats non-vérifiables. On souligne souvent également une préoccupation par rapport au niveau sociétal auquel il faut agir. Est-ce que ce sont les gouvernements ou bien les sociétés qui sont responsables du changement nécessaire? Nous y sommes tous - représentants politiques et corporate doivent agir en parallèle. 

H : Quelle est la différence entre l'investissement ESG et l'investissement à impact ? Pourquoi une telle différence existe-t-elle ?

JS : Contrairement à l'ESG, l'investissement à impact poursuit une stratégie plus claire et vise des objectifs environnementaux mesurables. Toutefois, l'investissement à impact n’a toujours des volumes relativement modeste par rapport à l'investissement ESG. La raison en est que l’univers des possibles des instruments financiers dont l’impact sur le climat est vérifié et tangible est très limité (en particulier si vous exigez également l'additionnalité de l'investissement).

H : L'investissement climatique peut-il être entièrement autonome par rapport à toute forme de d’intervention réglementaire ?  

JS : C'est un mythe de penser que l'investissement ESG ou à impact (ou tout autre mécanisme de marché d’ailleurs) peut exister dans le vide sans un cadre réglementaire qui fixe les règles du jeu en premier lieu. Par exemple, la menace du changement climatique conduit les investisseurs ESG à intégrer une hausse des prix du carbone dans leur modèles. Cela les incite aussi à agir plus rapidement pour limiter ce genre de risques.

H : Vous venez de dire que nous avons besoin d'un cadre réglementaire pour mettre en place des solutions efficaces d'investissement dans le domaine du climat. Mais vous dites aussi dans votre article que "les solutions politiques sont rarement parfaites". Une combinaison de ces deux aspects (réglementation et dynamique du marché libre) est-elle la meilleure solution ?

JS : Les solutions politiques sont rarement parfaites, en effet. Par définition, la politique implique des compromis afin d'obtenir un soutien suffisant pour faire passer les textes législatifs. Les marchés financiers ne peuvent pas imiter les "meilleures solutions" proposées par les manuels d'économie ou celles des recommandations scientifiques (par exemple, celles du GIEC). Cela est vrai aussi bien au niveau régional et national qu'au niveau international (il suffit de penser à la lenteur des progrès réalisés lors des conférences et des résolutions annuelles de la Conférence des Parties). Les solutions politiques, tout comme les solutions au sein des entreprises, peuvent donner des résultats inattendus, ils ne sont jamais parfaits. Nous ne pouvons donc pas nous attendre à ce que les entreprises ou les gouvernements à eux-mêmes puissent relever les grands défis de la société. La meilleure solution est que chacun fasse sa part du travail. 

H : Les marchés du carbone sont-ils un outil efficace d'investissement à impact ? Que pensez-vous des marchés du carbone régulés ainsi que des marchés volontaires?

JS : Les marchés du carbone font en effet partie de la solution globale au problème du climat - sinon, les industriels ne réduisent pas assez rapidement leurs émissions à des niveaux acceptables. Le vrai problème est que, dans la majorité des cas aujourd'hui, les marchés du carbone sont volontaires. Le niveau de vérification est loin d'être idéal et des questions importantes telles que l'additionnalité, la permanence et les fuites ne sont souvent pas prises en compte de manière adéquate. De nombreuses études scientifiques montrent que les compensations carbone, même certaines qui sont certifiées par des agences considérées comme prestigieuses, ont souvent un impact réel beaucoup plus faible que ce qui est affirmé. Il est donc nécessaire de faire beaucoup plus de progrès dans ce domaine, tant au niveau national qu'international. Nous avons besoin de marchés du carbone basés sur des normes et des réglementations strictes. 

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